Comme chaque année, le Salon international de l’agriculture a été un moment clé de dialogue entre les responsables politiques, l’Administration et la filière viticole rassemblée par le CNIV sur le Pavillon des vins. Ce dernier est devenu un lieu de passage obligé pour les politiques et institutionnels, qui prend de l’ampleur chaque année. Cette édition 2026 démontre cette montée en puissance : promesse gouvernementale, offensive sur le cuivre, préparation de la prochaine PAC et nouveaux partenariats.
- Une réunion interministérielle inédite promise à la viticulture
C’est l’une des annonces politiques inattendues du salon. En visite sur le Pavillon des vins, le Premier ministre a proposé l’organisation d’une réunion interministérielle consacrée spécifiquement à la viticulture.
Objectif : mettre autour de la table plusieurs ministères – agriculture, santé, environnement, travail ou commerce extérieur – et nos organisations viticoles nationales afin de traiter l’ensemble des problématiques de la filière et bâtir une feuille de route partagée, avec à la fois des réponses à court terme et une vision stratégique à horizon dix ans. Une initiative rare qui traduit la volonté de l’exécutif d’aborder les enjeux viticoles de manière transversale.
- La filière a rapidement saisi la balle au bond en proposant plusieurs lieux et dates, pour une rencontre voulue courant avril.
- Le cuivre, sujet central et d’urgence politique
S’il ne fallait retenir qu’un dossier technique dominant les discussions du salon, ce serait celui du cuivre. La sécurisation de son usage en viticulture a été évoquée dans la quasi-totalité des rendez-vous politiques organisés sur le Pavillon des vins.
La CNAOC, le CNIV, la FNAB et France Vin Bio ont d’ailleurs organisé une conférence de presse commune pour alerter sur les impasses techniques auxquelles la filière pourrait être confrontée. Les organisations professionnelles de la production (FNSEA, VINIGP et Coopération agricole) emmenées par la CNAOC, demandent notamment un nouveau dépôt d’homologation par les firmes, la prise en compte des usages réels dans les évaluations scientifiques et la mise en place d’une feuille de route coordonnée avec l’État et les instituts techniques. L’objectif plus général est la mise en œuvre effective d’un cadre unique européen, avec une reconnaissance mutuelle des AMM, afin de mettre fin aux distorsions de concurrence et de donner aux vignerons les outils pour continuer à produire, en bio comme en conventionnel.
- La bataille se joue désormais aussi sur le terrain judiciaire : la CNAOC, la FNSEA, VINIGP, VCF, la FNAB et France Vin Bio s’associeront à tous les recours engagés par les firmes contre les décisions de non-réhomologation des AMM par l’ANSES. L’objectif : permettre aux spécialités qui ne sont plus sur le marché d’être à nouveau commercialisées pour 3 ans. En parallèle, une réunion avec le ministère de l’Agriculture, les firmes et l’agence sanitaire est prévue le 20 mars pour tenter de sortir de l’impasse.
- L’Europe très attentive aux dossiers viticoles
Autre particularité de cette édition : la présence marquée de représentants européens sur le Pavillon des vins, avec en invité d’honneur M. Christophe Hansen, Commissaire européen à l’agriculture. Plusieurs délégations d’eurodéputés – du PPE (droite), de Renew (centre) ou encore des sociaux-démocrates – ont également rencontré les représentants de la filière.
Parmi les priorités évoquées : la préparation de la prochaine politique agricole commune et la sécurisation du budget viticole, la mise en œuvre du « paquet vin », ou encore la création d’un guichet unique européen pour les droits d’accises sur l’alcool. La filière a également attiré l’attention des eurodéputés sur les enjeux de commerce international et la question du cuivre s’est également invitée dans ces échanges, preuve que le dossier dépasse désormais largement le cadre national.
Autre signal venu de Bruxelles : l’annonce par le commissaire européen à l’agriculture du déblocage d’une enveloppe de 40 millions d’euros pour la distillation des vins rouges et rosés, une mesure destinée à accompagner les difficultés de marché.
- Les élections municipales déjà dans les esprits, la proposition de loi (ppl) Ott en toile de fond
À quelques semaines des « municipales », le sujet viticole était également au cœur des préoccupations pour les candidats des communes viticoles que la CNAOC a pu rencontrer. L’occasion pour la Maison des Vignerons de porter à connaissance des élus une proposition de loi clé du député Hubert Ott (Dem) relative à l’aménagement du territoire et la réorganisation du travail du fait du dérèglement climatique. La CNAOC a ainsi rappelé l’importance d’un soutien transpartisan lors de l’étude de la proposition de loi (en mars à l’Assemblée, en mai au Sénat), dans un contexte où la vigne est un acteur-clé pour l’attractivité des territoires (enjeux économiques, sociaux, environnementaux, touristiques et paysagers).
- Les AOC renforcent leurs partenariats
La CNAOC a fait levier de la présence de l’ensemble des acteurs de l’écosystème agricole sur le Salon pour consolider plusieurs coopérations structurantes.
- Sur le volet social et la santé mentale : une convention de partenariat a été signée avec la MSA pour renforcer la prévention du mal-être et l’accompagnement des exploitants viticoles en difficulté. Les ODG, en contact direct avec les vignerons, pourront ainsi jouer un rôle de « référent » renforcé auprès des caisses régionales et faciliter l’intervention des dispositifs de soutien. Plus que jamais, la Maison des vignerons se positionnent en pilier pour la santé mentale et le soutien des exploitants.
- Sur le volet étiquetage : une convention a été signée avec GS1 pour accompagner la transition numérique de la filière AOC. Cette collaboration vise à améliorer la traçabilité, simplifier certaines obligations réglementaires et renforcer la compétitivité des vins français sur les marchés internationaux.
Le Salon international de l’agriculture 2026 confirme la place centrale prise par le Pavillon des vins comme espace stratégique de dialogue entre la filière viticole et les pouvoirs publics tant au niveau national qu’européen. Le rendez-vous est pris pour 2027 avec un Salon qui promet de s’annoncer hors norme à l’approche de l’élection présidentielle et des législatives.
CNAOC – mars 2026